Le débit des cours d’eau

Le débit, élément clé de la vie des cours d’eau

Les fluctuations journalières, saisonnières et annuelles des débits sont directement responsables des variations des caractéristiques physiques et écologiques des hydrosystèmes. En d’autres termes, le débit et surtout ses variations donnent le rythme du fonctionnement des rivières, il organise la vie de ces écosystèmes.

Les débits trouvent leurs origines dans les précipitations. Entre celles-ci et les écoulements dans les rivières, un ensemble de processus hydrologiques va modifier la relation pluie/débit. La réponse hydrologique d’une rivière à un événement climatique diffère selon que la restitution au cours d’eau se fait par des écoulements de surface, par les sols ou par des écoulements souterrains, ou le plus souvent par une combinaison des trois.

Les régimes hydrologiques vont agir sur les habitats aquatiques au travers de deux composantes essentielles : la morphologie et l’hydraulique. La morphologie, définie par la forme du fond, des berges et de la plaine alluviale, constitue le support des habitats de la faune. Les conditions hydrauliques (vitesses de courant, types d’écoulements et profondeur de l’eau) agissent directement sur les organismes aquatiques en fonction de leur capacité de nage.

 

Le débit réservé

L’article L.214-18 du code de l’environnement impose à tout ouvrage transversal dans le lit mineur d’un cours d’eau (seuils et barrages) de laisser dans le cours d’eau à l’aval, un débit minimal garantissant en permanence la vie, la circulation et la reproduction des espèces présentes. Ce débit, d’une manière générale, ne doit pas être inférieur au 1/10ème du module (débit moyen annuel). Il ne doit pas être inférieur au 1/20ème du module sur les cours d’eau dont le module est supérieur à 80m3/s ainsi qu’à l’aval d’ouvrages assurant la production d’électricité aux heures de pointe. Il est communément appelé « débit réservé » ou « débit minimal ».

L’obligation relative au débit minimal peut ne pas être respectée sur des cours d’eau au fonctionnement « atypique ». Ces fonctionnements sont précisés à l’article R.214-111 du code de l’environnement (caractéristiques géologiques karstiques, ennoiement du cours d’eau à l’aval par la retenue d’un autre barrage, absence des espèces aquatiques énumérées à l’article R.214-108). Cette dérogation pour « fonctionnement atypique » doit être demandée par le propriétaire de l’ouvrage et motivée par un document scientifique exposant le fonctionnement du cours d’eau, notamment la présence avérée de pertes conséquentes dans le cas de rivières karstiques. C’est la DDT qui instruit le dossier et le préfet qui prend un arrêté.

Les obligations relatives au minimum légal prévues à l’article L.214-18 s’appliquent aux ouvrages existants depuis le 1er janvier 2014.

 

L’évolution des débits de l’Ource entre Recey sur Ource et Brion sur Ource

sur la période 2003 et 2015

L’évolution du fonctionnement du cours d’eau au cours de ces douze dernières années s’explique en partie par les différentes actions menées en sa faveur ;

  • A partir de 2003, suite à des manœuvres intempestives et illicites d’ouvrages, le Syndicat a cadenassé les vannes qu’il avait en gestion afin d’éviter les fluctuations de débit.
  • En 2008, l’ouvrage de Voulaines-les-Templiers est abaissé de 50 centimètres et une passe à poissons est créées afin d’assurer le débit réservé de l’Ource. La même année, les vannes des ouvrages de Crépand et Villotte-sur-Ource ont été abaissées de 40 cm.
  • En 2009, lorsque le débit atteignait 340 litres/s à Leuglay, l’eau qui entrait dans le bief de Prusly-sur-Ource n’arrivait pas jusqu’à sa confluence avec la rivière. A partir de cette année, la décision de ne plus alimenter ce bief en période d’étiage a été prise avec les différents partenaires du SICEC (services de l’état, accord des propriétaires) afin d’envoyer toute l’eau dans l’Ource.
  • En 2010, l’ouvrage usinier de la fromagerie de Villotte-sur-Ource, est supprimé.

 

Pour l’année 2015, si l’on s’intéresse tout d’abord à la pluviométrie, on peut comparer qu’en 2003 (année de sécheresse) 98 millimètres étaient tombés entre le 5 mai et le 5 août, contre 49 millimètres seulement en 2015 sur la même période (données collectées à Prusly-sur-Ource).

Ce manque de précipitations a bien entendu eu des répercussions sur le cours d’eau, provoquant une chute importante du débit et la décision d’appliquer la notion de débit réservé conformément à la loi applicable depuis janvier 2014 et donc de ne plus alimenter les biefs en période d’étiage a été prise avec les différents partenaires du SICEC (accord des propriétaires, services de l’état) afin d’envoyer toute l’eau dans l’Ource qui ne s’est asséchée à Brion-sur-Ource que lorsque les débits ont atteint 264 litres/s (mesures prises à la station de Leuglay), contre 375 litres/s en 2003 et 320 litres/s en 2006 (ce qui conforte le fait que le partage du débit entre la rivière et les biefs est pénalisant et accentue les assecs en général)

 

Cette application de la loi a permis de maintien en eau de la rivière depuis Recey sur Ource jusqu’à l’aval au-delà de Crépand. Les techniciens rivières ont pu observer qu’au début du mois d’août 2015, le cours d’eau coulait encore jusqu’à 700 mètres en aval de la ferme de Crépand, tandis qu’en 2003, à la même époque, la commune de Prusly-sur-Ource située bien en amont de la ferme était déjà asséchée. On sait aussi qu’en 2003, l’Ource était à sec sur 21 kilomètres (de l’amont de Brion-sur-Ource jusqu’à l’amont du Moulin Haut à Vanvey) et n’a recoulé que mi-novembre sur ce secteur.

 

L’ensemble de ces aménagements a donc permis de diminuer le linéaire de cours d’eau asséché si on compare les situations de 2003 et 2015 (respectivement 21 km de rivière et 8 km de bief), et ce malgré une pluviométrie plus faible.